Les enjeux de la qualité et de la traçabilité dans la filière banane
à la Guadeloupe
Jacky Ganry,
CIRAD-FLHOR(France)
La production bananière pour l'exportation représente un volume de l'ordre de 13 millions de tonnes dans lesquelles la production européenne (Canaries, Madères, Guadeloupe et Martinique principalement) ne représentent que 6% , avec seulement 2,5% pour les Antilles françaises et 0,8% pour la Guadeloupe seule.
Le plus gros de la production ( environ 80%) provient des pays producteurs d'Amérique latine (banane dollar), dans un contexte économique de production et de compétitivité totalement différent de celui des zones de production européennes.
Le contexte de la Guadeloupe est très particulier, car étant celui d'un département français d'outre-mer, avec des conséquences immédiates en termes de compétitivité, à la fois vis à vis des autres pays producteurs de banane d'Amérique latine ou des zones ACP d'Afrique ou des Caraïbes, que ce soit pour la banane ou pour les autres productions agricoles. Pour cette dernière raison, des alternatives viables à la culture de la banane sont difficilement envisageables.
Les contraintes principales de compétitivité sont essentiellement de trois ordres :
- le coût de la main d'œuvre qui est cinq à dix fois plus important en Guadeloupe qu'en Amérique latine par exemple ;
- la protection sociale des travailleurs qui a un coût ;
- l'éloignement géographique par rapport au marché, plus important que pour les Canaries ou là Côte d'Ivoire, par exemple.
Le cadre spécifique de la production bananière en Guadeloupe est celui de L'
Organisation Communautaire du Marché de la Banane (OCMB), mis en place en 1996, fixant les règles du marché en fonction de la situation des pays producteurs par rapport à l'Union Européenne qui consomme environ 4 millions de tonnes de banane: zones européennes et zones ACP représentant chacunes environ 20% des approvisionnements, zones des pays tiers, en représentant environ 60%.
Face à ce cadre spécifique une seule évidence devient nécessité :
un produit de qualité, d'autant que depuis sa mise en place, l'OCMB a subi de nombreux remaniements, sous pressions diverses, mettant à chaque fois en question la compétitivité des DOM antillais. L'échéance de 2006, fin de l'OCMB actuel et entrée dans un régime théoriquement plus libéral renforce cette impérative nécessité de qualité pour plus de compétitivité.
Mais qu'est-ce que la qualité pour plus de compétitivité ? C'est essentiellement celle perçue par les consommateurs et tout l'aval de la filière ( et en particulier la grande distribution).Les questions posées relèvent de cinq éléments principaux :
- une seule banane ou des bananes ?
- une garantie sanitaire, surtout vis à vis des pesticides,
- une taille du fruit : quelles sont les diverses attentes ?
- une qualité visuelle : absence de taches, " grattage ", tigrage ? - le cas de la banane canarienne est de ce point de vue intéressant-,
- un goût, un arôme : quelles attentes ?
et tout cela à un prix rémunérateur pour le producteur et acceptable par le consommateur.
La situation actuelle est celle d'un produit standart, où la référence est la " banane dollar ", sans tache, de grande taille (selon le standart commercial de 13 cm).
L'évolution souhaitée se décline en trois volets :
- une différenciation du produit, correspondant à une forme, un goût, un arôme, une valeur " culturelle " différentes ;
- une segmentation du marché ;
- de nouveaux modes de consommation et de perception de la qualité.
La différenciation du produit peut se faire selon trois voies très complémentaires :
- par l'origine : par exemple : banane Antilles ou banane de montagne, avec quel sens pour le consommateurs ?
- par les pratiques agricoles : production raisonnée, agriculture biologique, Fair Trade (commerce équitable) ;
- par les variétés : des nouveaux hybrides sont en cours de validation par le Cirad.
Un tel effort de différentiation et de segmentation, avec de nouveaux modes de consommation a pour corollaire une
exigence de communication par le producteur vers le consommateur.
Une telle exigence de communication devra s'appliquer en particulier à l'image de la banane pour le consommateur et au
garanties liées à cette image.
La
caractérisation et amélioration de l'image ne peuvent se faire qu'au travers du développement de signes de qualité bien ciblés et peu nombreux si possible, afin que l'effet pour le consommateur soit positif en termes d'information, sachant que tout excès en ce domaine peut " tuer l'information ". Les
signes de qualité peuvent être de divers types : marques commerciales, labels, IGP (indications géographiques de provenance), etc….
Les garanties apportées aux consommateurs ne peuvent l'être qu'au travers d'un effort tout particulier de
traçabilité du produit, impliquant le référencement des conditions de production et de traitement de la banane tout au long de la chaîne allant de la parcelle en zones de production tropicales jusqu'aux consommateurs européens ( pratiques culturales, conditions climatiques et environnementales, récolte, conditionnement, transport, mûrissage, mise en rayons, etc,…).
Pour ce faire, il importe de définir des
cahiers des charges aux divers niveaux de la filière, et de les bâtir à partir d'
indicateurs objectifs et pertinents basés sur des techniques de
géo-référencement des composantes du milieu, telles que la charge polluante, des
modes de production, tels que l'agriculture raisonnée, de
caractérisation physico-chimique - organoleptique, aromatique et nutritionnelle- du produit, ….
Des outils performants doivent être élaborés à de telles fins de caractérisation de la qualité, de traçabilité, de communication, et mis à la disposition des divers opérateurs de la filière, et des producteurs en particulier, qui doivent pouvoir les considérer non pas comme des contraintes supplémentaires imposées par le marché ou par l'administration, mais comme autant d'opportunités d'apporter de la " plus-value " à leur produit, la banane, et ce dans une perspective incontournable de préservation d'une production bananière aux Antilles.
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