INDICATEUR RISQUE PHYTOSANITAIRE
1. Présentation de la problématique
Les produits phytosanitaires épandus sur les cultures
peuvent se retrouver ensuite dans les aliments sous forme de traces appelées
« résidus ». Les programmes de surveillance mis en place
pour s’assurer du respect des LMR (Limites Maximales de Résidus)
sur les denrées alimentaires montrent que les risques réels
sont très faibles :
- globalement on ne retrouve aucun résidu sur environ 50 % des aliments
végétaux (légumes, fruits, pommes de terre et céréales),
- pour les produits sur lesquels on a retrouvé des résidus,
on a que rarement constaté de dépassement de la norme.
Cependant la toxicité de ces produits étant importante, il
est nécessaire pour les agriculteurs de bien évaluer les risques
de contamination et de pouvoir faire la preuve, en cas de problème,
du faible niveau de risque existant pour leurs propres parcelles.
L’agriculture raisonnée, comme beaucoup d’autres démarches à l’heure actuelle, s’intéresse à cette problématique des produits phytosanitaires et se fixe pour objectif de réduire les quantités apportées afin de diminuer les risques sanitaires et les risques de pollution de l’environnement.
Les risques de contaminations des productions proviennent principalement des pratiques mises en œuvre sur les parcelles elles-mêmes (toxicité des produits utilisés, doses et dates des apports…) mais peuvent venir également de l’environnement de ces parcelles. En effet les produits épandus sur les parcelles voisines peuvent être transportés par le vent ou par l’eau et se retrouver dans les parcelles concernées.
2. Objectif de l’indicateur
L’indicateur de risque phytosanitaire n’a pas pour objectif d’évaluer les risques de présence de résidus en tant que tel car les phénomènes impliqués sont trop complexes et trop mal connus.
Son objectif est en fait d’évaluer le niveau de pression que peut représenter le voisinage d’une parcelle par rapport à la présence de produits phytosanitaires. Il permet en quelques sortes d’estimer le risque de contamination pouvant exister entre une parcelle et ses parcelles voisines. Le calcul de l’indicateur doit être réalisé pour chaque parcelle.
Cet indicateur apporte une information importante pour les
producteurs :
- c’est un élément d’aide à la décision
pour le choix d’une culture ou d’un mode de production adapté
au contexte (prise en compte du risque existant). Ceci est particulièrement
important dans le cadre de filières ou démarches spécifiques
qui nécessitent un environnement favorable (agriculture biologique,
production d’aliments pour bébés…),
- il permet de répondre aux exigences d’un transformateur ou
d’un distributeur qui veut s’assurer que la production n’est
pas soumise à de fortes pressions phytosanitaires,
- en cas de problème de résidus, il peut permettre à
l’agriculteur de faire la preuve du niveau de risque lié à
sa zone d’exploitation ou à sa parcelle.
Pour que la réflexion sur les risques de contamination soit complète, cet indicateur nécessite bien évidemment d’être accompagné d’autres informations concernant les pratiques mises en œuvre sur la parcelle elle-même. La pression représentée par ces pratiques peut être exprimée par le calcul d’un nouvel indicateur qui peut se baser par exemple sur la quantité de pesticides (en nombre de traitements par hectare ou kg de matière active par ha) avec une pondération en fonction de la toxicité du produit.
3. Modèle de calcul de l’indicateur
L’indicateur de risque phytosanitaire est basé sur une logique d’évaluation de risque : un risque implique la présence concomitante d’une source de danger, d’un mode de transfert et d’une cible. Dès lors qu’un de ces facteurs n'existe pas, le risque n'est pas à prendre en compte et l’évaluation des risques potentiels est sans objet.
La source de danger est représentée ici par
les applications de produits phytosanitaires sur les parcelles environnantes.
L’idéal serait de disposer d’informations précises
sur l’ensemble des parcelles avec des données concernant les
produits utilisés, les doses et dates d’apports, etc….
Or, on sait qu’il n’est pas envisageable de disposer de ces
données sur la totalité de la zone étudiée.
L’indicateur se base donc sur une évaluation des sources de
danger existantes en associant à chaque culture une note représentative
de la pression qu’elle représente par rapport à l’utilisation
des produits phytosanitaires. Cette notation est fondée sur les connaissances
des experts locaux concernant les pratiques agricoles de la zone étudiée
et s’appuie sur l’évaluation de différents critères
prédéterminés (toxicité des produits utilisés,
quantités utilisées, dates des apports en fonction du stade
de la culture et des précipitations, mode d’application…).
Toutefois, si pour certaines zones, des données exhaustives sur les
pratiques réelles de chaque parcelle sont disponibles, il sera très
intéressant de les intégrer au calcul. Le résultat
de l’indicateur y gagnera alors fortement en précision.
En ce qui concerne le mode de transfert, on retient ici les
deux phénomènes les plus importants :
- le transfert par le vent : phénomène de dérive,
- le transfert par l’eau : phénomène de ruissellement.
La dérive est un phénomène très
complexe qui fait intervenir de nombreux facteurs (vitesse du vent, humidité,
température, stade de croissance, taille des gouttes de pulvérisation…).
Des études menées dans différents pays ont permis de
mettre en place des tables de dérive en pulvérisation qui
quantifient la dérive de pesticides dans différentes conditions
(Ganzelmeier et al., 1995).
Nous ne rentrerons pas ici dans la complexité du phénomène.
Nous nous limiterons à prendre en compte la direction des vents dominants
afin d’identifier les parcelles les plus exposées (en se limitant
aux parcelles directement voisines), et l’existence de haies ou zones
boisées qui protègent ces parcelles.
De même, les phénomènes de ruissellement
sont multiples et font intervenir de nombreux facteurs. Nous nous intéresserons
ici au ruissellement superficiel qui représente un mode de transfert
des produits phytosanitaires d’une parcelle vers une autre parcelle
située en aval. Les principaux facteurs à prendre en compte
sont alors :
- les sols à travers le critère de la sensibilité à
la battance,
- la topographie qui peut être traduite par la valeur de la pente
et sa longueur,
- la position de la parcelle dans le bassin versant,
- l’existence de haies, de zones boisées ou de bandes enherbées
qui protègent les parcelles.
D’autres facteurs tels que la présence de drainage ou d’irrigation
ont également un impact sur le ruissellement et pourraient être
pris en compte afin d’affiner le modèle. Cependant étant
donné la difficulté à obtenir ces données de
façon exhaustive sur l’ensemble des parcelles, nous préférons
les éliminer.
La cible de la pollution est représentée ici par la production présente sur la parcelle d’étude et de façon plus indirecte par le consommateur.
L’analyse spatiale mise en œuvre par les SIG permet
ensuite d’obtenir une carte du risque supporté par chaque parcelle
par la combinaison de ces différents facteurs identifiés.
Le risque est évalué parcelle par parcelle : on regarde pour
chaque parcelle si il y a présence d’une source, le niveau
de pression de cette source et l’existence d’un mode de transfert
entre cette source et la parcelle étudiée.
Cet indicateur de risque phytosanitaire doit être recalculé
pour chaque année culturale.
4. Bilan des données nécessaires :
- occupation du sol et pratiques associées
- orientations principales des vents
- présence de haies et/ou zones boisées
- sensibilité des sols à la battance
- pente et longueur de la pente
- position de la parcelle par rapport à la pente ou au bassin versant
- présence de bandes enherbées
Il est évident que d’autres données pourraient être intégrées au modèle de calcul afin d’affiner celui-ci et d’obtenir des indicateurs plus précis. Cependant, pour assurer la faisabilité de cet indicateur (fortement liée à la disponibilité des différentes données) et la compréhension des résultats obtenus (fonction du nombre de paramètres pris en compte) nous nous limiterons à cette liste de données.
Pour plus d’informations :
http://www.fymy.ucl.ac.be/crp/
http://www.trame.org/phytomieux/phyto.html
http://www.afssa.fr/avis/index.asp?id_dossier=1364
http://www.parl.gc.ca/InfoComDoc/36/2/ENVI/Studies/Reports/envi01/04-toc-f.html
http://www.agdrift.com/Text%20pages/Pub_PDF.htm